Vue de l'exposition - La puissance des nôtres. Photo : Younes Lagrouni
Pour cette nouvelle exposition, Lassana Sarre déploie en deux temps, une série de toiles qui interrogent la dualité de la force des images. En nous replongeant entre mémoire collective et souvenir intime, ces surfaces colorées s’érigent en véritables espaces de transmission. Au cœur de cette recherche plastique se trouve un fait sociétal précis, ancré dans le réel : les tontines.
Historiquement portées par des femmes maliennes, ces tontines constituent un environnement matriciel dans lequel plusieurs générations ont grandi. L’artiste est l’observateur direct, l’enfant silencieux capturant les paroles et les gestes. À la fois structures de solidarité et d’économie parallèle, les tontines sont basées sur une indispensable confiance permettant de pallier aux réalités sociales et financières souvent contraignantes. Dans ce système d’épargne privée une personne récolte la totalité de la somme mise de côté, les autres membres attendant leur tour. Selon le calendrier, la tontine sert de tirelire géante pour chacune des participantes. Cette temporalité de l’arrivée de la somme est reprise au fil de cette exposition. Les murs marqués des traces écrites des carnets attendent les toiles pour un second volet.
La soeur qui garantit (KFL)
Acrylique et aérographe sur toile 160 x 112 cm
2026
Pourtant, le travail de Lassana Sarre se refuse à toute velléité documentaire ou anthropologique. Son ambition est purement plastique. Il choisit d’aborder ces moments suspendus où la mémoire volatile et la sensation brute priment sur la fidélité descriptive ou le réalisme académique. Il ne s’agit pas de documenter pour archiver, mais bien de reconstruire pour ressentir. Les scènes ne se livrent jamais d’un seul bloc ; elles se composent par fragments texturés et par couches successives de pigments.
Vue de l'exposition - La puissance des nôtres. Photo : Younes Lagrouni
Vue de l'exposition - La puissance des nôtres. Photo : Younes Lagrouni
Sous le pinceau de Lassana Sarre, ces rassemblements féminins dépassent le simple cadre de l’entraide financière. Ils deviennent des lieux de circulation de ressources, d’indépendance, mais aussi et surtout des carrefours de récits secrets, de forces collectives invisibles. Véritables sociétés où l’oralité joue un grand rôle, c’est toutefois autour d’un carnet, sur une table, que les femmes participantes dialoguent. Ces carnets manuscrits rythment, régulent, archivent et retracent ces échanges. C’est à partir de ces carnets que le travail de l’artiste commence.