Comme Saturne se déploie comme un ensemble de fragments : textiles, couleurs, mots, objets et formes circulent à travers le pavillon et se répondent.
Le titre renvoie à Saturne, à la fois planète et figure mythologique : dieu du temps, des cycles, de la destruction et du renouveau. A la Renaissance, on disait que les artistes étiaent nés sous Saturne, ils étaient associés à la mélancolie et à la pensée lente. Ici et maintenant, cette figure permet d’intérroger la transmission des savoirs et leur effacement. Le projet naît d’une méthode fondée sur l’association et la contrainte : un mot en appelle un autre, une technique ouvre sur un mythe, une couleur renvoie à une histoire matérielle et politique.
L’exposition constitue une crisallisatin temporaire des recherches cumulatives d’Yto Barrada.
Au coeur du projet, la technique textile du dévoré — qui consiste à dissoudre certains fibres avec de l’acide pour créer des motifs par transparence — agit comme une analogie. Elle engage une réflexion sur le travail du temps, l’usure et les formes générées par l’altération et la destruction. Le titre fait aussi écho à la phrase du révolutionnaire Pierre Victurnien Vergniaud : «Comme Saturne, la révolution dévore ses enfants ».
Les textiles et les couleurs sont abordés ici comme des formes de connaissance. Ils portent des gestes, des savoir-faire, mais aussi des histoires des circulation, d’industrie et d’extraction. Comme Saturne propose ainsi un outil de survie poétique, entre dérision, inquiétude et sérieux — une manière de ne pas rester mélancolique, mais d’habiter lucidement l’instabilité du monde.