L’artisanat et les cultures traditionnelles inspirent profondément le travail de Sara Ouhaddou. Par le biais de l’illustration, elle a développé une relation privilégiée avec les artisan.e.s comme les brodeuses ou les maîtres verriers, qui réinterprètent leurs techniques ancestrales pour produire des objets singuliers. Son oeuvre « alif, ba, ta, tha, jim, Ha, kha, dal, dhal, ra, zay, sin, shin, Sad, Dad, Ta, ‘ayn, ghayn, fa, qaf, kaf, lam, mim, nun, ha, waw, ya » est née au Maroc, lorsqu’elle a collecté ce qu’on appelle communément l’Iraq le verre irakien, un matériau qui appartient depuis longtemps au vocabulaire décoratif des médinas. Cette transformation évoque la disparition du matériau au profit d’un verre probablement mauresque, c’est-à-dire avant que le verre industriel ne soit fabriqué en Chine ou en Arabie Saoudite. Par essence, ces changements sont l’expression de la standardisation due à la mondialisation de la production. En même temps, ce matériau qui s’efface marque aussi le passage de la complexité au néant . « alif, ba, ta, tha, jim, Ha, kha, dal, dhal, ra, zay, sin, shin, Sad, Dad, Ta, ‘ayn, ghayn, fa, qaf, kaf, lam, mim, nun, ha, waw, ya, » est un alphabet inventé et redessiné par Sara Ouhaddou , un univers en soi. Chaque lettre souligne le lien entre le langage humain et le cosmos, selon la tradition calligraphique. L’abstraction, la figuration et l’écriture sont également liées, devenant un seul élément qui se rapporte à l’unité. Ainsi, l’alphabet chromatique s’efface, révélant que l’acte pur de partager la culture et la pensée à travers la préservation des traditions n’est pas quelque chose de figé ; Il est vivant et voué à la transformation.