Dans cette composition, Marius Buet orchestre une confrontation silencieuse et radicale entre deux pôles : une masse organique impénétrable et un organe de vision désincarné. L’œuvre place d’emblée le spectateur dans un espace clos, un huis clos chromatique où le bleu profond du mur et le rose terreux des lattes du plancher délimitent une scène sans issue.
Au centre, une chevelure blonde, monumentale et dense, s’écoule comme une cascade de matière. Elle ne se contente pas de couvrir un corps ; elle l’absorbe. L’artiste joue ici avec les codes de l’iconographie hagiographique : si les figures de Marie-Madeleine ou de Marie l’Égyptienne utilisaient traditionnellement leur chevelure comme un voile de pudeur et de pénitence, Buet pousse ce retrait jusqu’à l’effacement total. Aucune parcelle de peau, aucun fragment de chair ne vient attester d’une humanité sous ce « tas de poils ». L’être devient volume, la figure devient texture.
Face à cette opacité, un œil unique flotte, suspendu dans le vide. Ce regard, à la fois témoin et intrus, semble traquer un indice, une faille dans la parure. Mais la chevelure résiste. Ce qui est habituellement un attribut de séduction ou de vulnérabilité devient ici un rempart, une armure organique. Le titre, Opposition, ne désigne pas seulement le contraste formel entre la verticalité des cheveux et la sphéricité de l’œil, mais le conflit insoluble entre le désir de voir et le droit de disparaître.
Par cette mise en scène proche du surréalisme, Marius Buet interroge la persistance de l’identité dans un monde d’observation constante. En nous refusant l’accès au corps, il force le spectateur à contempler l’énigme d’une présence qui se définit uniquement par son refus d’être regardée.
Opposition
Huile sur toile
107 x 107 cm
2025