C’est en 1984 que Speedy Graphito commence à s’exprimer dans les rues en bombant sur les murs au pochoir son personnage que le public nommera
le Speedy, lequel sera décliné par son auteur dès 1985 en ange, en démon, en cavalier (pour la ruée vers l’art). Ce personnage passera de la rue sur la toile en atelier mais continuera encore pendant quelques années à se montrer sur les murs de Paris.
Toujours hanté par cette nécessité intérieure de l’artiste, Speedy Graphito a toujours été libre d’agir comme il le souhaite, et le reste suivant ses envies, ses recherches et ses expériences picturales. S’étant toujours affranchi de l’obligation de représentation, en habitué de l’image médiatique et de l’histoire de l’art, il libère la surface de l’illusion de la figuration. Il ne s’agit plus de reproduire la réalité visible, mais de représenter toutes les strates de l’évolution de sa peinture depuis ses débuts.
Dans cette dernière série, il accentue les formes libres et les couleurs pures, comme si l’esprit devait triompher enfin sur la matière, en prônant le détachement de la forme pour s’attacher à la question du contenu artistique. Par l’utilisation (depuis quelques années) de l’absence de contours, accompagnés ici d’un entrecroisement de lignes et de couleurs l’artiste suggère une liberté d’expression, mais qui est en fait très étudiée.
Digne représentant du cosmopolitisme et de l’énergie appartenant au street art,
Speedy Graphito a toujours considéré que la couleur est investie d’un rôle primordial.
Dans ses derniers tableaux, celle-ci est intégrée comme le point central de ses préoccupations. Elle devient elle- même forme. Le Speedy, personnage principal dont la forme se devine dans chacun des tableaux a été, est, et restera dans son œuvre comme une métaphore de l’artiste, comme l’est aussi le lapin lapinture apparu dès 1986.
S’interrogeant sur la présence de l’œuvre dans l’œuvre (motif récurrent chez Jan van Eyck, Rembrandt, Vermeer, Velázquez Picasso, ou Magritte), il délimite aussi bien l’existence d’une œuvre, que la présence d’un être. Mais ici Speedy Graphito se réfère à sa propre création, à ses propres créations de ses débuts d’artiste. Il ne revient pas au point de départ. Au contraire, en se penchant sur ses premières œuvres, Speedy Graphito nous interroge et se projette vers le futur de sa propre peinture.
Le tableau Architexture est dominé au centre par un visage féminin, installé entre les divers aplats de bleu, de jaune, de rouge et de blanc, tandis que la tête du personnage Speedy se détache sur un fond de ciel nuageux nous indiquant comme un itinéraire pour le regard.