Clémence Van Lunen / About bricks & flowers

 

Clémence Van Lunen
About bricks and flowers
Exposition personnelle / Solo Show
Galerie Polaris, 2016.

 

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Sculpteur, Clémence Van Lunen est née en 1959 à Bruxelles, elle vit et travaille à Paris.

 

La découverte du matériau
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Clémence, «about bricks & flowers » sera ta troisième exposition personnelle à la galerie Polaris, après « Chinese Landscape »  en 2011 et « Wicked Flowers » en 2013. Cette nouvelle série est encore une réponse comme à chacune de tes expositions, à un voyage, ou à la découverte d’un nouveau matériau ou d’une forme, je pense à tes séjours à Jingdezhen en Chine, qui ont donné lieu à la série Chinese Landscape, aux «Complets» vasques sur colonnes, très en vogue à la fin du XIXe siècle qui ont donné naissance à la «Tang family» ou cette dernière série réalisée à partir de briques : peux-tu nous dire en quelques mots, ce qui t’a marqué dans cette découverte ?

J’ai travaillé à partir de briques creuses. Ces briques possèdent une architecture intérieure ; Je les coupe, les colle, les assemble. Je joue avec les vides et pleins, les différentes découpes industrielles et leurs rythmes. Cela donne un travail aigu, proche du métal peut être ? loin en tous cas du travail de modelage de la série  Wicked Flowers , pièces modelées à partir de terre de grès informe et travaillée plutôt avec rudesse, conservant la trace de ce corps à corps. Ici, rien de pareil, peu de traces d’intervention.
J’ai joué également à partir des irrégularités de cette terre de brique brute, en provenance directe de la carrière dans la forêt. Il y a aussi certainement l’influence d’un voyage en Albanie, où le thème des vases d’apparats revient souvent.
Il est très important pour moi de chercher toujours de nouveaux langages- surtout si celui utilisé précédemment a connu quelques succès. Il y a cependant malgré tout des constances puisque Frédéric Bodet (Conservateur à Sèvres, Cité de la céramique) me dit que mes fleurs de briques continuent à manifester une vitalité plus animale que végétale.

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Le sujet populaire
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Tu sembles partager avec l’une de tes références, Pablo Picasso, cette curiosité et ce goût particulier pour la culture populaire et artisanale. Je pense aussi ici à Julio Gonzalez et son intérêt pour la soudure apprise dans les usines Renault. Et quand je regarde la série des Wicked Flowers aux formes incongrues, ou la série des dragons chinois, mais aussi les dernières œuvres présentées cette année, réalisées avec les briques, où certaines sont posées sur de drôles de soucoupes, je me demande comment tu assumes pleinement cette « dérive » de la forme vers son aspect plus populaire ?

J’ai une passion pour l’art populaire ainsi que l’art brut, que je vois comme des trésors de potentialités. J’aime Thomas Houseago, Franz West, Jean-Pierre Pincemin, Philip Guston, et j’ai toujours admiré le culot de Picasso qui n’a pas hésité à travailler la céramique dans son aspect décoratif, d’art appliqué : pots, cruches, assiettes… plutôt que dans son registre de sculpture, genre autrement plus côté dans la hiérarchie des arts. Il y a dans ce nouveau travail une référence à la céramique décorative de Picasso, Miro – toi, tu penses à Julio Gonzalez. Les pots de fleurs , comme les soucoupes sous les pots et leur alignement cocasse sont populaires. Il y en a dans toutes les cours d’immeubles. Ils sont là.
J’aime ce qui n’est pas déjà reconnu comme faisant partie du monde de l’art. Le cru  plutôt que le décongelé, même si tout chez moi finit au four !

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Un respect du matériaux, une insolence de la forme
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Quand je regarde l’enchaînement des différentes séries Doodle, Chinese Landscape, Wicked Flowers, about bricks & flowers , tes œuvres nous montrent avec évidence le plaisir que tu prends en modelant des formes assez voluptueuses, de temps en temps exubérantes, mais aussi avec beaucoup d’humour. Comment fais-tu pour nous transmettre dans une même pièce cet immense respect et amour que tu sembles avoir pour le matériau qu’est la céramique, et en même temps cette insolence et liberté que tu as vis à vis de la forme classique de la céramique?

C’est justement parce que j’aime la sculpture et que j’en maitrise beaucoup de techniques que me méfie de la virtuosité, je cherche plutôt ce qui échappe, et c’est peut-être par cette échappée, souvent incongrue que chacun peut « copiner » avec mes pièces. La sculpture que j’aime est gaillarde, hardie, jubilatoire et elle se laisse adopter par une simplicité d’abord. «Les-fleurs-en-pots-avec-soucoupes » sont décidément un thème trop dérisoire pour susciter la «bouillasse rationante» comme l’appelle mon voisin Saverio Lucariello.

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